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Toutes les sociétés de mammifères fonctionnent sur le mode "pyramidal", c'est à dire hiérarchique. Il n'y a pas de sociétés non hierarchisées. Les philosophes qui ont prétendu instaurer des sociétés strictement égalitaires, se sont heurtés à cette donnée biologique et héréditaire, incontournable, quoique l'on ait pu faire pour atténuer l'inégalité des hommes.
Le monde "féodal" est typiquement hiérarchisé.
Dans le monde que nous nommons "féodal", le "vassal" peut être lié à son "seigneur" de deux manières différentes.
L'hommage dit "simple" (ou "plan"), crée pour le vassal comme pour le seigneur une double obligation: se conseiller (concilium) et s'aider (auxilium) mutuellement.
L hommage lige est une forme d'hommage particulière, qui oblige le vassal qui le prête plus étroitement vis-à-vis du suzerain que l'hommage ordinaire, notamment au regard du service d'ost.[1]
Sommaire |
« Lige » vient de l'Allemand « all ledig » (libre = ledichman, plus tard ledigmann).
Il est difficile de définir ce qu'est la "féodalité", telle que nous la dénommons en français.
Le mieux, pour comprendre le phénomène à l'échelon de toute une société, est de le ramener, en première analyse, à la situation individuelle d'une personne qui, sans emploi et sans ressources, s'adresse à une personne plus haut située dans l'échelle sociale: elle lui offre ses services, dans le cadre de ses compétences - ou des tâches qui lui sont assignées -; en échange, on lui donne une rémunération (un salaire, dans la terminologie française actuelle), ou des avantages dits "en nature": l'habitation, les repas, etc. Les relations, entre le "patron" et le salarié (ou l'employé) sont des relations personnelles. Au plan juridique, elles sont qualifiées de "Contrat", c'est à dire d'un engagement des deux parties, engagement qui comporte, pour chacune d'elle, des "avantages" réciproques: on dit que le contrat est "synallagmatique".
La société féodale, si l'on veut être simple, est ce même phénomène, mais à l'échelon de tout un groupe social, voire d'une société: dans la mesure ou il n'existe pas d'Etat central capable de faire des lois applicables à tous, de les faire respecter, de faire régner l'ordre, etc, un autre "système" d'existence et de coexistence des individus et des groupes humains se met en place. Le plus humble se met au service d'un plus puissant dans les termes ci-dessus, en contrepartie des avantages qu'on lui accorde; celui-ci se met au service d'un plus puissant que lui, et ainsi de suite. L'ensemble - a-t-on dit, mais ce n'est qu'une image, au demeurant assez explicite - crée une sorte d'édifice "pyramidal" : au sommet le plus puissant (avec des titres ou des appellations diverses, selon les lieux, les pays..) ; au bas de l'échelle, le moins puissant (paysan, serf, esclave...) ; entre les deux, toute une série de personnages intermédiaires, figurant une "hiérarchie" sociale, de plus en plus puissante au fur et mesure que l'on approche du sommet de la pyramide. En France, cette hiérarchie - si l'on ne considère que l'ordre de la noblesse, qui n'est que l'un des trois ordres de la société -, la hiérarchie "descendante", est la suivante : le roi ; les princes ; les ducs ; les marquis ; les comtes ; les vicomtes ; les barons ; les chevaliers.
La société féodale fonctionne, grosso modo, sur le mode évoqué plus haut. Le "suzerain" concède un "fief" à son "vassal", en échange de services ou prestations définies lors de l'opération. Juridiquement, il s'agit de relations contractuelles, dans les termes ci-dessus.
Ainsi décrite, la société féodale donne l'impression d'une société "ordonnée", susceptible de "fonctionner" d'une manière harmonieuse: très hiérarchisée, chacun est à sa place, chacun remplit son rôle: le supérieur hiérarchique détermine les priorités, et ordonne, comme un chef d'entreprise et un père de famille, dans l'intérêt de ceux qui vivent sous lui et autour de lui. Il n'en est rien.
À la fin du Xe siècle, les vassaux prêtaient de plus en plus souvent hommage à différents seigneurs essentiellement pour accumuler les fiefs. Le problème était le suivant : en cas de conflit entre deux seigneurs, lequel soutenir ?
Fulbert de Chartres (960-1028) rédige un écrit sur la vassalité : en cas de plurivassalité, il faut intégrer une réserve de fidélité à l'hommage vassalique qui primera sur les autres.
L'hommage lige était oral, et le même problème apparut à travers la multiplication des hommages lige à plusieurs seigneurs. On faisait alors prévaloir l'antériorité et hiérarchie des obligations (la guerre étant par exemple plus importante que le dot). Le roi Philippe Auguste a eu la volonté de hiérarchiser les liens féodo-vassaliques avec au sommet de la pyramide le roi; les vassaux de ses vassaux sont aussi devenus ses vassaux. Il n'avait donc pas besoin de multiplier les hommages qu'il ne faisait prêter qu'aux grands seigneurs. Mais en cas de conflit, cela posait problème sans compter que même les hommages liges se multipliaient. C'est pourquoi, tous les vassaux du roi de France devaient une réserve de fidélité au roi, une sorte d'hommage lige prioritaire.
À Montpellier, on parlait de « meilleur homme », et en Catalogne « d'homme solide ».
Dans la tradition franque, on ne pouvait, en principe, servir deux maîtres. Aussi un homme s'engageant pour un autre, ne peut se mettre sous la dépendance d'un autre que son seigneur.
L'évolution est très rapide à partir du dixième siècle. On peut prêter plusieurs hommages liges, sans difficultés. Vers 1260, le Comte du Forez a 48 vassaux. Quatre seulement prêtent l'hommage simple (!!!). Lorsque le Duc de Bretagne Jean IV prête l'hommage lige A LA FOIS au roi de France et au roi d'Angleterre, il se situe donc dans une tradition parfaitement établie.(Marc Bloch, La société féodale, Albin Michel, page 307, Paris, 1968).
L'hommage lige vu par un texte écrit au Moyen Âge : « Un homme peut prêter plusieurs hommages à différents seigneurs pour les différents fiefs tenus de ces seigneurs ; mais il doit y avoir un hommage principal et cet hommage doit être prêté au seigneur de qui l'on tient son principal fief. La foi au seigneur roi et à ses héritiers doit toujours être mise à part. » [2]
Fr. Olivier-Martin (réf. ci-dessous) définit ainsi l'hommage lige:
« Dès le 9ème siècle, certains vassaux reçoivent des bénéfices de deux seigneurs, et leur prêtent également hommage. L'incompatibilité apparaît seulement quand les deux seigneurs d'un même vassal se font la guerre. On essaie d'y échapper en distinguant deux sortes d'hommages: l'hommage LIGE, sans restriction aucune, qui oblige le vassal à servir son seigneur envers et contre tous, et l'hommage simple (dit "plan", ou planus),qui est prêté sous la réserve des hommages antérieurement prêtés à d'autres seigneurs. La distinction apparaît en France dès le 11 ème siècle. mais bientôt, certains vassaux, grands amateurs de fiefs, prêtent un second hommage lige, qu'ils espèrent pouvoir concilier avec le premier. »
Achille LUCHAIRE, dans son remarquable "Manuel des Institutions françaises" (Paris, 1892; Genève,1979, page 189) écrit: « L'hommage lige implique un renforcement de l'hommage ordinaire; l'homme lige est tenu à tous les devoirs, positifs et négatifs, qu'entraine l'hommage ordinaire; mais la ligéité implique un lien encore plus étroit. le vassal lige est tenu de servir à ses dépens le suzerain, tant que dure la guerre que celui-ci soutient contre ses ennemis...La ligence est une véritable ligue offensive et défensive entre le suzerain et son vassal. »
| Moyen Âge |
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3. Fr. Olivier-Martin. Histoire du droit français. CNRS Editions, Paris, 1992, 1995, 2005, page 261.
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